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Télévision: 10 jours sans écran...
vendredi 2 mai 2014
 Dossier télévision

10 jours sans écrans de télévision : quel concept ?

S’abstenir de la télé  peut être conçu comme un retour à l’âge de pierre privant les enfants des outils de communication modernes.

L’opération 10 jours sans écrans prouve le contraire : il s’agit plutôt de se servir des écrans au lieu de se laisser asservir par eux.

Interview avec M Jacques BRODEUR, consultant en Prévention de la violence, éducation médiatique, et promotion de saines habitudes de vie.

 

 

 

Comment avez-vous lancé en 2001 le programme québécois: « 10 jours sans écrans de télévision et jeux vidéo ». ?


La Semaine sans télé existait déjà depuis 1994.

En 2001, il existait deux catégories d’organismes préconisant l'éducation médiatique:
-  l’une cherchant à nier les effets toxiques de l'exposition aux écrans, sous le prétexte de «préserver» la liberté d'expression;
-  l’autre cherchant à renseigner les parents et à protéger les enfants.

Edupax a choisi d'appartenir à la 2ème  catégorie en intégrant le jeûne télévisuel du programme SMART (Student Media Awareness to Reduce Television) mis au point par le Dr Thomas Robinson, avec son équipe du Centre de prévention et promotion de la santé de l'Université Stanford.

La réduction  du temps-écrans est fondée sur l'amélioration de trois compétences chez les enfants: la capacité d'expression des émotions et sentiments, le jugement critique face au pouvoir de séduction des écrans, le triple pouvoir d'empathie-compassion-entraide.



Les parents ont-ils été complices de cette approche ?

L’ approche auprès des parents est fondée sur le principe de valorisation du gouvernement familial et prône l'utilisation des écrans pour servir les jeunes, au lieu de les asservir. D’ailleurs, lorsque le défi a été inauguré au Québec en 2002-2003, c’était en partenariat avec l’association des comités de parents es régions de la Capitale-Nationale et de Chaudières-Appalaches.

Les parents, en plus d'aider leur propre enfant à relever le Défi sans écrans, se voyaient confier la mission de solliciter la mise en place d’activités susceptibles d'intéresser les enfants loin des écrans.
L'essentiel du programme consiste à éduquer aux risques de la consommation médiatique, le Défi zéro écran servant de prétexte pour motiver les familles et rapprocher la communauté de l'école.        

Comment décrire la participation à ce programme ?

Si la participation ne dépassait jamais  5% des élèves d'une même école au début des années 2000, le Défi sans télé ni jeux vidéo au Québec lui permet de dépasser 80% en 2003  pour passer à 96,5 % en 2007 !

Le concept a-t-il été repris dans d’autres pays?
Il a été expérimenté dans la province de l'Ontario puis dans une première école primaire de Strasbourg en 2008. Succès immédiat. Au cours des 5 années qui ont suivi, plus de 100 écoles françaises ont utilisé l’approche québécoise de la réduction du temps écrans sous divers noms. Aux États-Unis, le programme SMART s'est propagé sous le nom de Take the Challenge, Take Charge, Turn Screens Off, Turn Life On. Il sera  éventuellement récupéré dans d'autres pays. 
 
 

 

Actes violents et dessins animés


C'est une cueillette de jouets guerriers pour souligner l'Année internationale de la paix, en 1986, qui nous a mis la puce à l'oreille. Elle nous a appris que ces jouets portaient le nom de séries télévisées créées par des fabricants de jouets, notamment Hasbro. Ces séries utilisaient des quantités énormes d'actes violents pour capter l'attention des enfants, les inquiéter et les captiver: 84 actes d'agression/heure dans GI Joe, 81 dans Transformers.

Pour faire désirer et acheter de Tortues Ninja en 1989, des Power Rangers en 1993 et des Pokémons en 1999, le fabricant de jouets a augmenté les doses de cruauté avec une conséquence désastreuse pour les enfants, les écoles et les parents. La désensibilisation des petits cerveaux. Les méchants sont tellement méchants que les bons n'ont d'autre choix que de l'être plus encore.

On est donc devant une forme d'abus des enfants cruelle et sophistiquée, à des fins commerciales,  aux conséquences indéniables, psychologiquement et socialement monstrueuses.    



Les écoles primaires ont-elles facilement adhéré au projet ?
En 10 ans  plus d'une centaine d'écoles québécoises y ont adhéré. Le rapport sur les troubles de comportement qui ont augmenté de 300% de 1985 à 2000 dans les écoles primaires a favorisé cette participation, la violence à la télé étant l’un des  facteurs mis en cause. 

Que dites-vous pour motiver ceux qui  hésitent encore ?

Les 10 jours sans écrans servent aux jeunes cerveaux à reprendre le contrôle d'une technologie qui s'est déguisée en amuseur pour se faire passer pour indispensable, trôner dans les salons ou dans les chambres, au point que le temps-écrans ne cesse d'augmenter, tout comme le nombre d'écrans disponibles dans les foyers et leur omniprésence dans les lieux publics.

 Le Défi sans écrans c'est la conquête de la liberté, un rejet des fictions utilisées pour nous distraire, c'est une évasion collective, organisée, voulue, planifiée et évaluée. Une occasion de réfléchir, de se regarder dans le miroir, et d'accomplir un réel BOND vers l'avant, permettant aux jeunes de reprendre les commandes.  Commander les écrans au lieu de laisser les écrans formater les cerveaux pour consommer.

 

D’autres interviews avec M BRODEUR évaluant les résultats de l’opération, et relatant les inconvénients de la consommation de télévision et jeux vidéo seront publiés dans les prochains  numéros d’Allô Parents.

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